Nous profitons d’un weekend de 3 jours pour partir en brousse, dans le parc de Conkouati, à la frontière du Gabon. C’est une réserve naturelle où deux associations pour la sauvegarde des chimpanzés ont élus domicile. Le parc naturel est composé d’un enchevêtrement d’iles et de bandes de terre coincées entre la mer et la mangrove. Il faut compter 4 heures de route pour s’y rendre depuis notre belle ville de Pointe Noire. Le  trajet pour y aller était déjà tout une aventure. Nous avions comme indications:  » tu prends tout droit jusqu’à ce qu’il n’y ai plus de route goudronnée, puis tout droit jusqu’à la rivière. De là, tu prends le bac, ensuite toujours à gauche et tu arrives! » Autant vous dire qu’on a mit beaucoup plus que 4h !

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L’association

L’association HELP vit grâce aux volontaires qui viennent séjourner dans leur camp, soit pour quelques semaines soit pour quelques mois. C’est une association qui s’occupe d’accueillir et de réintroduire en liberté ou semi-liberté des chimpanzés qui ont été blessé, capturé, maltraité, ou bien qui sont orphelins et qui ne pourraient pas survivre par eux même dans la nature.

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L’asso accueille des touristes (comme nous) qui viennent y passer le weekend. On y trouve également les « travailleurs » qui sont des jeunes des villages alentours qui sont employé par l’asso pour donner un coup de main. Il y a aussi tout un pôle de recherche qui étudie les primates. Les chercheurs enregistrent leur moindre déplacement et faits et gestes, ils notent toutes leurs habitudes et vivent complètement au rythme des singes.

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Il y a encore 2, 3 ans il y avait une vingtaine de volontaires pour gérer l’asso. Quand nous y sommes allé, il n’y avait plus qu’une seule femme qui avait l’air au bout du rouleau. Elle était seule pour tout faire tourner, et croyez-moi ce n’est pas une mince à faire ! Nous avons donc été très indulgents quant au déroulement du weekend. Malheureusement l’association Help n’est pas très bien gérée et ce sont les bénévoles et les singes qui en payent les frais

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Le trajet

*Donc revenons-en à nos chimpanzés car nous ne sommes point là pour polémiquer. Comme je vous disais, le trajet pour s’y rendre fut laborieux. Après 2 heures de route goudronnée nous attaquons la piste pendant une bonne heure. Nous arrivons face à une rivière, nous prenons donc le bac. Le prix donné par les passeurs est le double du prix officiel, je négocie, je rigole, je m’énerve, je boude, rien à faire, je paye, 20 000 francs CFA… pour 5 minutes de trajet. C’est je crois la traversée en bac la plus cher au monde.

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Ensuite nous suivons les indications que l’on nous a donné : «après le bac c’est toujours à gauche pendant 45 minutes». Mouhahaha la blague … 2 heures plus tard, complètement perdus, nous demandons à des gars que nous croisons de nous accompagner. Nous prenons au passage, 3 jeunes filles (absolument hystériques de monter dans un pick-up de «mundele»), ainsi qu’une quinzaine de bidons d’eau et un vieil homme qui allait on ne sait pas trop où. En Afrique, pas de voyage à vide!

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Le campement

Après moult détours, nous arrivons enfin dans le repaire de HELP. Le campement est sommaire, les chambres sont des bungalows en bois avec des lits, des moustiquaires et quelques planches en guise d’étagères. Nous y installons notre hamac pour la petite touche relax. Les parties communes sont en bois, avec de grandes tables pour dîner tous ensemble et une cuisine est mise à disposition.

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Le camp est situé en pleine jungle, les arbres immenses se dressent au-dessus de nos tête et empêchent le soleil de passer. Un épais tapis de feuilles mortes recouvre le sol et amortis nos pas. Des buissons, des arbustes, des fleurs sauvages, des lianes poussent de toute part. Une forte odeur de feuilles en décomposition et de terre mouillée m’assaille les narines. Mille et un bruits sortent de la jungle environnante, étouffés par la végétation.  Est-ce des insectes, des singes des oiseaux ? Un peu de tout? Mon imagination bat son plein et je me couvre de la tête aux pieds, dans ce royaume où les animaux et les bestioles en tout genre sont rois. Mais malgré mes précautions, je crois que les mouches tsé tsé me vouent un amour inconditionnel …

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Les chimpanzés

Notre guide nous  indique qu’il est l’heure d’embarquer, nous montons sur notre bateau et partons en direction de la mangrove. Nous voguons sur une eau parfaitement lisse sur laquelle le ciel et la végétation se reflète. Les éléments se confondent à l’infinie dans ce miroir naturel avec une symétrie parfaite.

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Nous troquons notre bateau à moteur pour des canoës et redescendons la mangrove en suivant le courant. Il n’y a aucun bruit hormis le clapotis de nos rames sur l’eau. Nous écoutons les sons étouffés de la foret qui nous entoure en essayant de reconnaître les cris que nous entendons. Nous scrutons les arbres au cas où un singe nous attendrait en embuscade. Nous ne vires ni singes, ni éléphants, ni buffles, ni rien du tout en fait. Mais nous ne sommes absolument pas déçu car cette balade en canoë était magique. Ce sentiment d’être au cœur de la jungle,  grouillant de vie et tellement hostile à l’homme. On se sent perdu, petit, humble… et moite !

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Mais quand avons-nous rencontré les chimpanzés alors ? Et bien ça arrive ça arrive, un peu de patience. Deux fois par jour, les bénévoles du centre, partent nourrir les chimpanzés qui ne sont pas encore remis en liberté. Pour info, les chimpanzés habitent sur des iles qui correspondent parfaitement à leur habitat naturel. Vue qu’ils ne savent pas nager, il ne peuvent pas s’enfuir. Voila pourquoi ils sont en semi-liberté. Un chimpanzé mange 4 kilos de fruits et légumes par jour…  et du riz au lait, dont ils sont absolument fan ! Nous remontons sur le bateau à moteur et nous voilà parti !

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On arrive à destination, on ne voit rien, on attend. Pas un bruit, l’appréhension monte, soudain des cris aigus retentissent. A cela se mêlent des bruits de branches qui craquent, des feuilles que l’on secoue, de nouveau des cris, il y en a dans tous les sens.  Quand 1, 2, 3 puis une quinzaine de chimpanzés de toutes tailles surgissent de la jungle et se suspendent aux racines de la mangrove. Les bénévoles leur lancent les légumes et les fruits et le festin commence. Je m’émerveille de voir à quel point ils nous ressemblent, leurs expressions, regards, mimiques, gestuels, c’est impressionnant. Les volontaires nous expliquent qu’il ont tous des habitudes qui leur sont propre, qu’ils ont tous leur caractère, ils sont tous différents.

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Je prends des milliers de photos et je me régale de ce moment privilégié, presque surnaturel. Nous finissons ce weekend avec une balade sur la plage, accompagnés par des centaines de crabes!

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congo chimpanzé