« Tu as de la chance de voyager » c’est une phrase qui fait écho dans ma tête. Je l’ai entendu plusieurs fois et à chaque fois je ne sais pas quoi répondre, je me sens un peu coupable comme si j’avais gagné le loto … pourtant il n’en est rien ! Ce sont quelques mots qui paraissent anodins mais qui ne le sont pas vraiment. Si on regarde c’est vrai qu’on peut penser que j’ai de la chance : j’habite en Tanzanie, j’ai été aux Seychelles en janvier, au Congo en février et là je viens de rentrer d’une semaine à Zanzibar. Dans quelques mois je pars faire un road trip en Afrique Australe de plusieurs mois et je vais sans doutes être émerveillée comme jamais auparavant ! Je ne peux pas me plaindre. Alors est ce de la chance ? La réponse n’est pas toute faite.

Au début j’étais catégorique, quand on veut on peut, non ce n’est pas de la chance, j’ai travaillé dur, tu ne trouves que des excuses pour ne pas le faire, j’ai eu le courage de me lancer. Ce n’est pas de la chance, mais un choix !! (oui j’étais jeune et bornée ! ^^)


Cependant, au fil des années, au fur et à mesure que j‘avance dans cette folle Aventure Africaine, je me dis que finalement… j’ai peut être une bonne étoile


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Je n’ai pas gratté de ticket gagnant

Alors oui, cette vie de voyage je l’ai méritée, j’ai travaillé et je travaille encore pour ça. S’expatrier, être toujours sur les routes, partir toujours plus loin, cette soif insatiable de découvrir autre chose… oui ça fait rêver mais ce n’est pas aussi simple que ça en l’air. C’est beaucoup de sacrifices, financiers d’abord, on se budgète sur tout, on achète seconde main, on devient hyper créatif pour économiser le moindre sous ! [Pourquoi acheter des étagères quand on peut en faire avec des vieilles caisses de tomates ?^^]

Mais ça implique aussi d’autres genres de sacrifices, comme s’éloigner de sa famille, rater les anniversaires, les noëls, les premiers pas et le thé du dimanche. C’est s’éloigner de ses amis d’enfance car le décalage devient de plus en plus important.

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Excuses et désir

On entend souvent comme excuses pour remettre un voyage à plus tard : «je ne peux pas quitter mon travail», «j’ai des enfants», «je n’ai pas d’argent», «je suis trop vieux»…  je pourrai répondre à ces objections une par une et démontrer par A + B que selon moi elles ne tiennent pas la route. Mais le but de cet article est d’expliquer mon point de vue, pas de changer les mentalités !

La plupart des gens qui pensent que j’ai de la chance, n’ont pas ce souffle en eux. Oui ils aiment partir en vacances, découvrir de beaux paysages pendant 3 semaines et reprendre leur routine. Mais pour moi le voyage est un appel, un besoin, un peu comme Ulysse et le chant des sirènes, un désir viscéral que je ne peux étouffer. Si on reste, on est comme un oiseau en cage, toujours à chercher l’horizon, les grands espaces, les ciels les plus étoilés. Si l’on n’a pas ce souffle en nous, nous allons toujours trouver des excuses.

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Une petite étoile tout de même ?

Après toutes ces divagations, je peux dire que rien n’est laissé au hasard et que si on se donne vraiment les moyens et que si on tient vraiment à son rêve… on peut le faire !! Cela impliquera non pas de la chance mais des efforts, des sacrifices, un bon grain de folie, du courage et de la ténacité.

Et pourtant … malgré tout … je me sens chanceuse. Chanceuse dans le fait que j’ai la possibilité de faire ce choix de vie. Quand je sors dans la rue et que je croise des mama assissent devant leur échoppe toute la journée à vendre des beignets à 500 shillings, des enfants qui n’ont pas de quoi acheter leur uniforme pour aller à l’école et pour qui le rêve se trouve derrière l’écran de télé du bar du quartier… Que dirait le cireur de chaussure ou l’étudiant qui n’aura jamais de visa pour aller étudier ailleurs, si je leur parlais de mon tour d’Afrique ?

« Tu as de la chance » souvent j’ai trouvé cette phrase énervante, vexante, naïve, frustrante, comme si je n’avais pas fait des pieds et de mains pour en être là, pour vivre mon rêve. Comme si c’était du tout cuit ! Et puis j’ai voyagé, j’ai vue, j’ai vécu, (j’ai vieillis quoi) et je me suis remise en question.

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J’ai compris. J’ai compris que j’avais sacrement de la chance d’être née là où je suis née. D’avoir la liberté de mener cette vie, d’avoir le support de ma famille. J’ai la chance d’avoir le choix, un rêve sans frontière.